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stmedardSamedi 13 décembre, plus de 200 personnes ont assisté au vernissage de l’exposition présentée par la Société d’études historiques de Tremblay à l’église Saint-Médard, dans le cadre de la commémoration du 90ème anniversaire de l’Armistice de 1918. Un succès mérité au vu de l’intérêt et de la qualité de cette manifestation qui rappelle combien notre histoire locale fût étroitement mêlée à l’Histoire de la Grande Guerre.

En effet, le 3 septembre 1915, c’est de Tremblay que décolla la patrouille aérienne qui sauva Paris et changea le cours de la 1ère guerre mondiale, en détectant le changement de trajectoire de l’armée allemande.  C’est à Tremblay toujours que le 5 septembre, le général Galliéni décida la contre-offensive de la Marne qui stoppa l’avancée allemande, c’est à Tremblay encore, sur la place de l’église, que  le premier convoi des taxis parisiens se rassembla dans la nuit du 6 au 7 septembre, avant de partir au combat.

stmedard-par-andremareTémoin de ces temps troublés, André Mare, jeune peintre d’avant garde, ami d’enfance de Fernand Léger, est cantonné pendant près d’un an à Tremblay. Soldat de la 47ème batterie d’artillerie, Il rédige et illustre des carnets de guerre avec des aquarelles qui évoluent au fil des pages vers un cubisme de plus en plus affirmé. après la guerre, il devint une des grandes figures de l’Art déco. Mais il succomba prématurément en 1932 de la tuberculose, des suites des brûlures au poumon provoquées par le gaz ypérite.

Samedi matin, son petit fils, Denis Vène, Ambassadeur de France au Paragauy, était présent au vernissage. Son épouse Laurence Graffin, journaliste et productrice, était également à Tremblay pour une séance de dédicace de l’ouvrage qu’elle a consacré aux carnets de guerre d’André Mare (Carnets de guerre 1914-1918 André Mare aux éditions Herscher).

Vous pouvez retrouver ici, l’article que le Parisien consacre aujourd’hui à cette initiative. L’exposition est visible à l’église Saint Médard jusqu’au 20 décembre, tous les après-midi (sauf mercredi) de 14h00 à 16h30.

Voici un texte intéressant qui va à contre-courant d’un certain nombres d’idées reçues sur le développement de la région parisienne et de la Seine Saint-Denis en particulier. Des idées reçues et renforcées par l’echo médiatique qui a entouré la diffusion du film “9-3, Mémoire d’un territoire”. Certes,  dans ce documentaire, Yamina Benguigui déroule une thèse qui n’est pas scandaleuse. Et son film est utile, comme tout travail qui tente de mettre en perspective les faits de société.  Mais elle privilégie à outrance une thèse victimaire, un registre compassionnel et doloriste au détriment d’une vision plus large et plus objective des phénomènes économiques, politiques et sociaux qui ont conduit à paupériser ce département. Je vous laisse juge. Cet article a été publié sur le site Mediapart.

 

Le 9-3 de Yamina Benguigui, un usage falsifié de l’histoire
 9-3, Mémoire d’un territoire, le film de Yamina Benguigui a bénéficié d’une couverture médiatique exceptionnelle. Présenté comme le documentaire historique que la Seine-Saint-Denis attendait, il a été célébré par toute la presse comme une œuvre salutaire. La Seine-Saint-Denis —  qui n’existe que depuis 1964 —, n’aurait été qu’une terre de misère et de désenchantement, une terre toujours «sacrifiée», «abandonnée», aujourd’hui «sans issue».
 L’orchestration musicale et les images en boucle des émeutes de 2005 donnent au film un ton mélodramatique qui offre une vision du passé reconstruite de façon partisane. Alors que ce film prétend rendre hommage aux femmes et aux hommes qui y ont vécu et y vivent, il les enferme dans les pires poncifs sur la peur des faubourgs. Depuis la monarchie de Juillet, l’exclusion frapperait ce territoire ! Qu’on permette à des historiens, censurés par l’auteure lorsque leur témoignage n’allait pas dans le sens voulu, de redresser un certain nombre d’erreurs, voire d’énormités historiques, contenues dans ce film.
 Non, les usines et les ateliers n’ont jamais été expulsés de Paris. Pour cette simple raison d’abord qu’il n’existait pas au 19e siècle de réglementation générale qui aurait pu fonder un tel transfert. Les patrons qui sont partis aux marges de l’agglomération pour installer des établissements fonctionnant à l’aide d’une main d’œuvre déqualifiée et sacrifiée l’ont fait volontairement, et surtout ce mouvement n’a pas été présenté par l’historien interrogé comme le moteur de tout le développement industriel. C’est l’habileté du montage qui lui fait dire cela. Les usines ne sont pas parties de Paris pour cette simple raison aussi qu’elles y sont restées. La capitale demeure, jusqu’au milieu du XXe siècle, une grande ville industrielle, avec, entre autres, de grandes unités de production, tout aussi polluantes que celles de Saint-Denis. N’importe quel Parisien ou Parisienne âgé et né dans un arrondissement à deux chiffres — sauf le XVIe et le XVIIe, et encore ! — vous dira que son enfance a baigné dans les fumées et les odeurs industrielles. Un exemple entre cent : jusqu’à l’exposition de 1937, une grande gare à charbons subsiste, quai d’Orsay, quasiment au pied de la tour Eiffel, pour l’approvisionnement des usines installées dans le XVe arrondissement. En 1906, la capitale compte 550 000 emplois dans l’industrie, la banlieue, en son ensemble, à peine 190 000.
 En effet, les communes industrielles du futur 93 eurent de nombreuses sœurs en banlieue proche, et notamment à l’ouest. La ligne des Moulineaux — le tramway T2 aujourd’hui — a été prolongée jusqu’à Puteaux dans les années 1870 pour amener le  charbon aux nombreuses usines installées dans les parages. L’histoire détaillée des beaux quartiers de Paris est aussi pleine de surprises : les propriétaires de la plaine Monceau ont eu à subir la présence d’une usine à gaz installée boulevard de Courcelles  jusqu’en 1891 ; sur l’emplacement actuel de la maison de la Radio,  l’usine à gaz de Passy, elle, fonctionna jusqu’en 1926. Les Ternes, dans le XVIIe, furent longtemps un quartier spécialisé dans la carrosserie et la construction des voitures à chevaux : l’industrie automobile s’est développée dans la banlieue ouest en continuité géographique avec cette industrie parisienne. Bref, le rôle des vents dominants, qui expliquerait ce soi disant monopole de l’est ou du nord-est pour l’industrie émettrice de fumée, est une idée fausse : pourquoi aurait-on cherché à préserver une zone d’un fléau qu’elle subissait déjà ?
 Mais à qui veut-on faire croire que la misère ouvrière et l’exploitation des migrants ont été l’apanage de ces communes ? Les Bretons par exemple étaient nombreux à Saint-Denis,  mais ils étaient plus nombreux encore à trimer dans les usines et les chantiers de Paris. Et les domestiques, ces demi esclaves au service des ménages parisiens ? Les raisons de l’installation dans le futur 93 de nombreuses vagues d’immigration tant européennes qu’africaines sont à peine évoquées : on passe de la présence espagnole, dès la Première Guerre mondiale, à l’arrivée des rapatriés d’Algérie et des Antillais, sans jamais évoquer les Italiens, installés depuis la fin du XIXe siècle et longtemps majoritaires, l’arrivée des premiers Kabyles dans l’entre-deux-guerres et l’immigration portugaise des années 1960. Tous ces hommes et ces femmes n’ont pas été «relégués» en banlieue ; ils ont choisi d’y venir car ils savaient qu’ils y trouveraient un emploi qui, bien que souvent très dur, leur permettrait d’accéder à un niveau de vie nettement supérieur à ce qui les attendait dans leur pays.
 Dans un espace marqué avant tout par une forte solidarité ouvrière, les mariages mixtes sont présentés à tort comme marginaux, et cela pour mieux étayer la thèse de la «ghettoïsation». Rappelons que les filles et fils d’Espagnols et d’Italiens de la banlieue nord-est ont épousé à plus de 75 % des «Français de souche». Les unions entre enfants d’Algériens, de Marocains ou d’Antillais et de «Français blancs» sont également très fréquentes.
 Le film caricature à l’excès l’histoire du logement social. Les architectes et urbanistes ne seraient que d’avides bâtisseurs sous influence, si ce n’est corrompus. La construction des grands ensembles, dans le 93 comme partout ailleurs, répond d’abord à la volonté de sortir les familles françaises des taudis où elles croupissent, de résoudre, au plus vite, avec les moyens de la France ruinée de l’après guerre, la terrible crise du logement. Les «logements Million», vilipendés dans le film, sont le produit du  contexte des années 1950, que le film ignore. Les logements neufs et confortables, construits par les Offices HLM dans les années 1960, constituèrent  un progrès immense pour ceux qui y accédèrent. A partir de la création du département en 1964, l’État et les collectivités locales ont poursuivi une politique continue d’équipement : du logement social digne, deux universités, des services publics pionniers, le premier tramway francilien…
 La Seine-Saint-Denis résidentielle et coquette de l’ancienne Seine-et-Oise n’a pas droit de cité. Le film n’accorde non plus aucune place à une banlieue populaire, choisie et aimée, celle des promenades du dimanche et surtout celle des lotissements. Acheter un terrain pour avoir un jour une maison à soi, ce fut le rêve réalisé de foules d’employés, de petits commerçants et d’ouvriers pour qui cette banlieue encore verte apparaissait infiniment désirable. Où est ici l’exclusion?
 Aussi contestable est la marginalisation de la banlieue rouge, du socialisme et du communisme municipal. La dimension collective et intégratrice de l’engagement militant dans les partis, les syndicats, les associations, est sciemment minorée. Les temps forts (le Front populaire, mai 1968…) et les lieux de sociabilité festive (les processions religieuses, la fête de l’Huma au parc de La Courneuve, les fêtes de quartiers…) sont écartés, car ils contrarient la vision misérabiliste du documentaire. Alors que les élus locaux communistes ont joué un rôle déterminant dans la cohésion sociale du 93, aucun n’est interrogé. Ce film invente le passé du 93 ou n’en veut retenir que le plus sombre, pour faire de ce département un territoire martyrisé depuis deux siècles. Œuvre de mauvaise fiction, il verse dans le plus classique misérabilisme en usage à propos des banlieues. Mais à quoi sert de tordre ainsi l’histoire d’un département dont la crise actuelle, elle, est bien réelle.
 
Emmanuel Bellanger est chargé de recherche CNRS, CHS Université Paris
Alain Faure est chercheur IDHE à l’Université de Paris X-Nanterre
Annie Fourcaut est professeur d’histoire contemporaine, directrice du CHS, Université Paris 1
Natacha Lillo est maître de conférences ICT Université Paris 7
 
 

 

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L’affiche des municipales de mars 2008 à Tremblay

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