pirate-pc-mouseAujourd’hui, le gouvernement a enfin réussi à faire adopter sa loi « création et internet », dite Hadopi, par les députés. Je suis heureux de constater, qu’hormis quelques exceptions, la gauche a bien bataillé contre ce texte inepte. Inepte et symbolique, car les multiples controverses autour du projet de loi Hadopi soulèvent des questions essentielles sur le devenir de notre société médiatique. Cette loi défend principalement les  intérêts des grandes entreprises de communication, les producteurs, les diffuseurs, qui sont, bien plus que les artistes eux-mêmes, victimes du téléchargement illégal. En effet, le droit d’auteur résiste relativement bien, tout simplement parce que la vente directe d’œuvres représente moins de 20 % de l’ensemble des droits perçus par les auteurs. Ce n’est bien sûr pas un hasard si Pathé, Universal ou la FNAC sont les principaux zélateurs de ce texte. Quand à l’affaire TF1, avec l’éviction de Jérôme Bourreau-Guggenheim, responsable du pôle innovation web de la chaîne, elle n’est rien de moins que consternante. Cette affaire fait toucher du doigt les liens consanguins entre la principale chaîne de télévision privée et l’Etat Sarkozyste. Je suis curieux de connaître l’issue du procès aux prud’hommes qui devrait s’ensuivre. Le délit d’opinion va-t-il devenir une cause de rupture de contrat de travail ?

 Mais pour revenir au texte lui-même, sa nature frileuse et uniquement répressive le rend déjà obsolète. Plutôt que de mener un ultime combat d’arrière-garde contre l’évolution technologique,  la seule question qui vaille aujourd’hui est celle de repenser la rémunération du droit d’auteur. La reproduction et la diffusion illimitée d’œuvres audiovisuelles  sous forme de fichiers numériques pose certes un problème. Mais c’est un fait, c’est le sens de l’histoire. Tout dispositif répressif ou culpabilisant sur le prétendu pillage culturel ne pourra être qu’éphémère. Sans être bêtement cocardier, la « contribution créative », défendue par les socialistes notamment me semble une piste bien plus intéressante à explorer. Proposé par le chercheur Philippe Aigrain, ce nouveau système autoriserait le partage de fichiers sur Internet dans un cadre non commercial tout en mettant en place une contribution forfaitaire mutualisée pour chaque foyer. Destiné en majeure partie à la rémunération des créateurs, le montant de cette contribution serait fixé entre 2 et 7 euros par mois et par foyer abonné au haut débit, pour un montant global situé entre 700 millions et 1,4 milliard d’euros par an. Ce qui pourrait s’apparenter aux redevances déjà mises en place à partir de 1985 pour les mêmes raisons, jadis sur les cassettes, et aujourd’hui sur les CD et DVD vierges. En effet, il n’est pas inutile de rappeler qu’à l’arrivée des cassettes audio, puis VHS, puis des supports numériques, les mêmes questions sur la reproduction des œuvres étaient posées. Avec déjà les mêmes réflexes mercantiles et rétrogrades et, heureusement, des réponses qui le furent moins. Il est vrai qu’à cette époque, Jack Lang était encore du côté des modernes…

 Pour finir, signalons aux jeunes parents, la sympathique initiative du label BlogUp Music qui met en ligne gratuitement le volume 4 de « Have a good night » un disque de berceuses new look. Comme quoi, la création n’est pas forcément victime du Net !