Le congrès du Parti socialiste arrive. Il se tiendra à Reims les 14, 15 et 16 novembre prochains. quelques jours avant, le 6 novembre, tous les militants socialistes seront appelés à voter pour choisir entre plusieurs “motions”. En jargon socialiste, une motion est un texte d’orientation présenté par les différentes tendances du PS. Après le décompte des voix, lors du congrès, les instances du Parti sont renouvelées à la proportionnelle, en fonction des résultats obtenus par chacune des motions. En clair, une motion qui a obtenu 15 % des voix, obtient 15 % des sièges. Et cela à chaque niveau de décision. Au niveau du secrétariat national, le renouvellement est effectué en fonction du score national, les fédérations départementales sont renouvelées en fonction des scores départementaux, et dans les sections de chaque commune, à Tremblay comme ailleurs, le renouvellement de la “commission administrative” est effectué en fonction du score obtenu localement.
Pour ce congrès, 6 motions ont été présentées. Les 4 principales sont :
la motion “A” autour de Bertrand Delanoë, Pierre Moscovici et François Hollande
la motion “C” autour de Benoît Hamon, Henri Emmanuelli et Jean-Luc Mélenchon
La motion “D” autour de Martine Aubry, Laurent Fabius, Jean-Christophe Cambadélis, et Arnaud Montebourg
La motion “E” autour de Ségolène Royal et Gérard Colomb
Pourquoi j’ai choisi de soutenir la motion A.
Pour de très nombreuses raisons. Mais essentiellement parce qu’il me semble indispensable d’en finir une bonne fois pour toute avec les atermoiements et les positionnements ambigües. La raison d’être du PS n’est pas de suivre ce qu’il suppose être les attentes de l’opinion, mais d’abord et surtout de se rassembler, de se remettre au travail, pour élaborer sérieusement un projet d’alternance crédible et convainquant. Le reste suivra.
En temps voulu, les français sauront juger de la pertinence de nos propositions et de la stature de notre candidat(e) à la présidentielle. Or, je pense très sincèrement que le regroupement opéré par la motion A permettra de redonner au PS la crédibilité et la cohérence qui lui faut défaut aujourd’hui. Delanoë a la stature et l’autorité pour remettre tout le monde au travail, Hollande connaît parfaitement le PS et sera un garant de l’unité du parti. Par ailleurs, tous ceux qui lynchent Hollande aujourd’hui se sont rangés derrière lui lors des derniers congrès et pouvaient parfaitement faire un autre choix à ce moment là.
Enfin, pour ma part je compte tout particulièrement sur la capacité de Pierre Moscovici à apporter du renouveau, de la compétence, et de la clarté. Ainsi, c’est à lui que l’on doit en grande partie le programme de travail proposé par la motion A autour de 6 conventions thématiques ouvertes aux”forces vives” du pays.
Par ailleurs, je me permets de vous recommander la lecture de cette tribune de Bertrand Delanoë parue dans Libération le lundi 27 octobre :
REBONDS
Pour un contrat social européen
par Bertrand Delanoë, maire de Paris.
Déjà, face à la crise, de nombreux pays ont su remettre profondément en cause leur doctrine économique : c’est notamment le cas de la Grande-Bretagne quand elle procède à des nationalisations partielles, là où l’Etat français renonce à entrer au conseil d’administration des banques qu’il soutient, se privant ainsi de peser sur l’affectation précise de plus de dix milliards d’euros.
L’heure exige pourtant réactivité et capacité de contrôle de la puissance publique, comme le confirment les sombres prévisions de croissance du FMI pour l’année prochaine (+ 0,2 % seulement en France, comme pour la zone euro). Or, le budget 2009 de l’Etat traduit jusqu’à la caricature une impasse économique et sociale qui a déjà considérablement affaibli notre pays, avant même que ne se manifestent les premiers signaux de la crise financière mondiale. Inadapté aux enjeux, il sacrifie des secteurs aussi décisifs que l’emploi ou le logement, capitule en matière d’éducation, étrangle les collectivités territoriales et repousse au 1er avril la revalorisation des prestations famille et vieillesse, d’habitude effective le 1er janvier. Plutôt que de petits rafistolages, c’est à une véritable recomposition de ce budget qu’il faut procéder. Le pouvoir a tort de s’y refuser. D’évidence, il faut mettre un terme à l’absurdité du paquet fiscal et à l’injustice du bouclier fiscal, taxer les stock-options et remettre à plat le dispositif des niches fiscales. Il faut aussi refuser le creusement aveugle des déficits publics, spécialité de ce gouvernement, qui discrédite la parole de la France auprès de nos partenaires européens et pèsera sur des générations de contribuables.
Les vraies priorités : privilégier l’investissement stratégique dans l’innovation et la recherche, soutenir le logement social, défendre le pouvoir d’achat et promouvoir le dialogue social, à l’aube d’une période forcément tendue. Nous proposons, par exemple, que toute exonération de charge sociale soit désormais conditionnée par l’aboutissement de négociations sur les salaires et l’emploi.
Autre confirmation de la crise : la France a besoin d’Europe. Et aujourd’hui, opportunité inédite, des gouvernements historiquement rétifs à toute perspective de régulation concertée s’en font les avocats. Mais il nous faut aller plus loin. Dans cette perspective, il serait pertinent de financer un plan de relance par un emprunt européen de 100 milliards d’euros orienté vers des infrastructures non importables de Chine ou d’Inde et dédiées en particulier à la croissance écologique.
Il faudra aussi donner un débouché politique à cette crise lors du scrutin européen du printemps prochain. Chaque électeur pourra exprimer sa volonté de voir enfin l’Europe dotée de cette gouvernance économique dont la gauche française a toujours fait un objectif central. Et parce que le renoncement à moraliser le système financier signerait la victoire du capitalisme le plus cynique, l’Europe devra modifier ses règles prudentielles, désigner un régulateur européen et agir au plan international pour un contrôle public des agences de notation, la réglementation des fonds spéculatifs et la suppression des paradis fiscaux. Jamais, en fait, les thèses sociales-démocrates n’ont été à ce point validées par les faits. Depuis l’origine, la social-démocratie pose la régulation du marché et l’intervention de l’Etat comme des postulats majeurs. En les méprisant, le capitalisme mondialisé a failli. Qu’il me soit permis de rappeler ici les propos de Joseph Stiglitz (1) : «La situation actuelle me rappelle celle d’il y a soixante-dix ans. Quand le monde a sombré dans la grande crise, les partisans du libre marché ont dit : ne vous inquiétez pas, les marchés s’autorégulent. Laissons-leur le temps et la prospérité reviendra.» Plutôt que de prôner le retour au protectionnisme ou la trahison de nos engagements européens, la gauche doit donc au contraire se fixer pour objectif de doter l’Europe d’un nouveau contrat social, alliant mode de développement durable et nouvelles garanties pour les travailleurs, et intégrant un système financier transparent et coordonné, remis au service de l’économie réelle.
Sans filet de sécurité, sans repères, sans exigence éthique, sans compromis social, bref, sans une puissance publique prévoyante et efficace, la période qui s’ouvre sera socialement terrible pour les plus fragiles comme pour les classes moyennes. Entre le repli frileux qui réveille toujours les nationalismes et l’hégémonie d’un marché aveugle, il y a place pour un modèle social-démocrate à l’échelle européenne, que la gauche a le devoir d’affirmer, sans ambiguïté.
(1) la Grande Désillusion, Joseph Eugene Stiglitz, éd. Fayard, 2002.
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