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Conformément à la loi sur le Grand Paris, la consultation publique relative au futur réseau de transport débutera officiellement le 1er octobre prochain. Mais les grandes manœuvres ont déjà largement commencé, notamment lors de l’élection controversée d’André Santini, à la tête de la Société du Grand Paris, le nouvel opérateur créé par la loi. Petit rappel, deux projets différents sont dans les cartons. Par ordre d’entrée en scène, nous avons le projet Arc Express, porté par la région Ile-de-France, et son concurrent, le Grand Huit, défendu par le gouvernement, un supermétro imaginé par Christian Blanc, l’ex  secrétaire d’Etat au Grand Paris. Tous deux feront l’objet d’un débat public pendant quatre mois, mais il est à craindre qu’à l’issue de cette procédure, la situation soit toujours aussi confuse. Car au-delà des symboles politiques, opposition droite/gauche et rivalité gouvernement/région, les enjeux sont difficilement lisibles pour l’ensemble des franciliens. Et ce, particulièrement en Seine-Saint-Denis où les futurs tracés ne sont pas encore précisément déterminés. J’aurai l’occasion d’y revenir dans ce blog, mais il faut constater que ces futurs réseaux ne concerneront les Tremblaysiens qu’indirectement. Quel que soit le projet retenu, la population de Tremblay ne disposera pas de connexion supplémentaire à un transport lourd  par exemple pour l’acheminer vers la plateforme de Roissy. Pour nous, l’enjeu principal portera en réalité sur la question de la desserte de la future ZAC Sud-Charles-de-Gaulle située à proximité du Vieux-Pays, par l’éventuelle création d’une gare commune avec le Parc des Expositions. En attendant, si ce sujet vous intéresse, un portail a été ouvert par la commission nationale du débat public pour le Grand Huit et un autre pour Arc Express. A suivre donc.

Les 10 équipes d'architectes ont mis le développement durable et l'écologie au cœur de leurs préoccupations. Comme ici, ce projet de "haut-lieu" de l'équipe de Jean Nouvel : un gratte-ciel qui produit des énergies renouvelables (géothermie, éolien, biomasse, solaire thermique). © Jean Nouvel, Jean-Marie Duthilleul, Michel Cantal-Dupart

Projet de "haut-lieu" de l'équipe de Jean Nouvel : un gratte-ciel qui produit des énergies renouvelables (géothermie, éolien, biomasse, solaire thermique). © Jean Nouvel, Jean-Marie Duthilleul, Michel Cantal-Dupart

D’une manière générale, l’absence de réaction devant le projet de Grand Paris porté par Christian Blanc me semble étonnante. Les seules oppositions ne concernent, comme d’habitude que les enjeux de pouvoirs locaux, essentiellement autour des prérogatives de l’établissement public qui sera chargé du portage foncier du futur grand huit. Les élus locaux  redoutent, à juste titre, de se faire déposséder de leurs pouvoirs en matière de droit du sol. Mais en revanche, aucune remarque, aucune critique ne porte sur le fond, sur le projet lui-même. Pour ma part, j’ai déjà dit tout le mal que je pensais des choix de Blanc et de Sarkozy. Ils n’ont tiré aucun enseignement du travail des dix ateliers d’urbanistes réalisé dans le cadre du Grand Pari de l’architecture. Le projet se résume à un supermetro souterrain qui va coûter une fortune, qui va desservir au petit bonheur quarante gares sur lesquelles le développement urbain sera prié de se greffer. Tout cela élaboré au doigt mouillé dans un bureau parisien, en ne tenant absolument pas compte des enjeux de développement durable et de limitation de l’étalement urbain. Pour vous en convaincre, je vous invite à lire une tribune publiée par un des français les plus respectés dans le monde, l’architecte Jean Nouvel, qui synthétise admirablement l’absurdité des choix présidentiels pour le Grand Paris. Jean Nouvel détaille d’une manière très factuelle l’ensemble de la démarche initié l’année dernière, et  exprime l’inquiétude et le sentiment de gachis inspirés par cette débauche de moyens qui hélas, a abouti à un si piètre résultat.

Le projet du Grand Paris est menacé de s’enliser dans la confusion, par Jean Nouvel

LE MONDE | 20.10.09 | 13h34  •  Mis à jour le 21.10.09 | 07h45

 Sept mois après le rendu des études stratégiques, six mois après les fermes prises de position présidentielles, où en sommes-nous ? Nulle part. La confusion est totale. Pourquoi ? Nous allons essayer de suivre les méandres de cette histoire.

La source

Quand Nicolas Sarkozy demande à dix équipes pluridisciplinaires, organisées autour d’urbanistes et d’architectes, de proposer une stratégie de développement du Grand Paris pour intégrer la nouvelle donne (post-Kyoto) : limiter l’émission de gaz à effet de serre et réorienter le schéma directeur de la région Ile-de-France, le président surprend et, en période de crise, il suscite un grand espoir.

1er méandre

Initialement, le projet pour le Grand Paris est apparu d’abord comme un projet de redéfinition de la gouvernance lié à la réforme des collectivités territoriales, objet du rapport Balladur : quelles représentations démocratiques (électives) sur quels territoires ? Quelles répartitions des pouvoirs entre l’Etat, la région et les collectivités locales. Pour les Français, le projet du Grand Paris est un projet de découpage électoral. Rapidement, Nicolas Sarkozy a tranché : le projet urbain d’abord, le projet de gouvernance suivra. Mais pour les Français l’information devient : le projet pour le Grand Paris est remis aux calendes grecques.

2e méandre, premier rocher

Le 6 mars, les équipes pluridisciplinaires remettent leurs conclusions et Christian Blanc, secrétaire d’Etat chargé du développement de la région capitale, les invite à dîner pour les informer… de son projet pour le Grand Paris. En fait, un projet de transport urbain en périphérie de la métropole. Les jours suivants, il en informe abondamment la presse et le projet du Grand Paris devient un grand huit souterrain de métros automatiques, établi avant même la prise de connaissance des dix propositions ayant occupé des centaines de spécialistes de tout poil pendant le temps d’une bonne gestation : neuf mois.

Et, pour les Français, le projet du Grand Paris devient un projet de métro enterré, mais promis à un bel avenir.

3e méandre, en eau calme

Quand, après le rendu des propositions, le président de la République reçoit les représentants de ces équipes, il dit sa satisfaction et son impatience de voir se concrétiser les idées urbaines avancées, il réaffirme aussi sa volonté d’une action structurante à l’échelle du Grand Paris et, pour la mettre en oeuvre, témoigne sa confiance à Christian Blanc.

4e méandre, courbe en accélération

Le 29 avril, le président de la République prononce le discours à l’ouverture de l’exposition de la Cité de l’architecture. Il cite de nombreuses idées empruntées aux dix études présentées, les fait siennes et confirme sa confiance en Christian Blanc. Il lui demande d’intégrer dans son projet de loi sur les transports du Grand Paris les conclusions de certaines études issues des projets des urbanistes architectes… Nous sommes à la veille de grandes décisions urbaines, même les plus sceptiques se prennent à espérer.

5e méandre, embouteillage

Puis ouverture de l’exposition sur le Grand Paris. Succès populaire. Mais on comprend vite qu’il est impossible d’exposer et d’expliquer dix fois un sujet aussi complexe, chaque étude étant présentée dans un espace exigu de 20 m². La presse montre des images éparses de propositions contradictoires et résume chaque étude sur la transformation d’une métropole de 14 millions d’habitants en environ dix à quinze lignes.

Les Français sont curieux, intéressés et essayent de comprendre… mais c’est impossible.

Bref, une telle somme de travail est trop difficilement communicable. La plupart des journalistes eux-mêmes ne prennent pas le temps de comprendre… seuls certains élus parisiens et franciliens ont souhaité des présentations projet par projet. Et, stupéfaction, je n’ai jamais entendu le secrétaire d’Etat chargé du développement de la région capitale commenter une seule proposition, ni même seulement demander à une des dix équipes d’expliquer ses projets… En revanche, il dit aux équipes qu’elles auront toutes du travail et évoque avec certaines de futures responsabilités sur de larges territoires, et se fait ainsi quelques alliés…

6e méandre, remous

Les responsables des équipes pluridisciplinaires suggèrent à Christian Blanc de regarder dare-dare leurs études pour (on ne sait jamais) intégrer quelques pensées pertinentes. Des conseillers élyséens, des élus parisiens et franciliens font de même. Le secrétaire d’Etat fait la sourde oreille au nom d’une urgence qui devient vite raison d’Etat. Tout le monde a compris que Nicolas Sarkozy souhaite aller le plus vite possible. Mais dans cette expression, il y a possible, pas uniquement le plus vite ! Toutes les équipes n’ont pas mis l’accent sur une proposition de transports métropolitains, mais toutes ont relevé l’importance de la corrélation entre stratégie d’évolution et carte des transports.

Certaines équipes ont approfondi un schéma de transports élaboré et argumenté de nature à questionner les élus et les conseillers au plus haut niveau de l’Etat. Ces derniers, pour l’essentiel, voulaient intégrer dans la proposition du secrétaire d’Etat de nombreux paramètres issus de ces équipes. Ce qui a amené, à l’initiative de Claude Guéant, un schéma modificateur et complémentaire du grand huit de Christian Blanc, avec, en outre, la recommandation expresse d’avoir un métro aérien dès que la situation le permet. Cela n’empêche pas le secrétaire d’Etat de continuer à diffuser toujours son même schéma. Les Français ne perçoivent pas d’évolution dans le grand huit.

7e méandre, en eau trouble

En outre, parmi les multiples propositions indiquées dans le discours présidentiel qui énumère des propositions issues des dix études, l’une d’elles éclipse les autres : la liaison Paris-Le Havre. Même si l’analyse du texte montre que l’on parle surtout du Havre port de Paris et d’une liaison rapide par TGV Le Havre-Paris, ce que la presse retient c’est l’axe de développement urbain et territorial Paris-Le Havre. Le Havre est cher à mon coeur et occupe mon esprit par d’importants projets, renforcer la notion de port avancé de Paris est pertinente, la liaison rapide souhaitable, mais urbaniser la vallée de la Seine entre les deux villes est à la fois une idée comique – Ferdinand Lop parlait de prolonger le boulevard Saint-Michel jusqu’à la mer – et une idée tragique : pour limiter l’émission des gaz à effet de serre, la métropole ne doit plus s’étendre, les transports doivent se concentrer, la densité doit être renforcée sur les gares d’interconnexions.

Seules de nouvelles unités de productions industrielles ont une raison stratégique d’être le long des voies fluviales. Un projet post-Kyoto ne peut être qu’une stratégie de modification de territoires déjà urbanisés. Etendre la ville est aujourd’hui criminel pour notre descendance. Pourtant, les Français ont compris que le projet du Grand Paris était d’étendre Paris jusqu’au Havre !

8e méandre, rapides avant les chutes

Puis nous avons appris qu’une loi dite du Grand Paris était en préparation pour permettre la réalisation du grand huit des métros souterrains. Une loi étrangère aux propositions urbaines liées à la consultation du Grand Paris. (L’architecte) Christian de Portzamparc demande alors avec pertinence que l’intitulé de la loi stipule qu’elle porte sur les transports du Grand Paris…

Les Français n’ont aucun moyen de savoir que le Grand Paris de Christian Blanc, et son projet de loi, n’a rien à voir avec le Grand Paris exposé à la Cité de l’architecture par les dix équipes internationales pluridisciplinaires.

Un premier projet de loi a circulé cet été sur l’urbanisation du Grand Paris. Ses nouvelles constructions sont implantées dans des cercles de trois kilomètres de diamètre, quarante gares sont le centre de quarante cercles. Quatre fois la surface de Paris aujourd’hui ! Ceux qui l’ont lu ont été effarés par un tel manque de discernement qu’ils soient élus ou professionnels de l’aménagement urbain. Une société du Grand Paris finance le grand huit, notamment en préemptant le foncier à l’intérieur des cercles. Le projet de loi amendé (les cercles ont disparu, les zones concernées sont flexibles, les collectivités locales sont représentées minoritairement au conseil d’administration) a été accepté en conseil des ministres et sera présenté à l’Assemblée nationale à la fin de l’automne.

C’est un projet de loi conflictuel qui ne donne aucune garantie d’utilité publique s’il n’est pas relié à une stratégie urbaine précisée et située. Oui, l’Etat a pour rôle d’initier, de proposer un mode de financement, et quand c’est nécessaire de décider de l’intérêt général face à des intérêts locaux. Cette loi est indispensable, mais elle ne peut être ni une carte blanche sur le mode d’urbanisation ni une incitation à l’extension urbaine. Le Grand Paris n’est pas un champ de bataille. Il ne pourra s’épanouir que dans la compréhension et la hiérarchisation d’objectifs sociaux, humanistes et optimistes. Le consensus sur ces objectifs est le principal paramètre nécessaire pour en accélérer la réalisation.

Nous en sommes là… Avec en plus la perspective des élections régionales pour crisper un peu plus les choses… Mais ne vous méprenez pas, je ne suis pas un démolisseur, mais un constructeur persévérant : j’oeuvre pour que le projet du Grand Paris, le vrai, le structurant, l’ambitieux, le durable, l’humaniste, pour lequel Nicolas Sarkozy a invité tant d’experts à réfléchir et à proposer, voit le jour et se mette en place au plus vite. La matière permettant les choix stratégiques est là. Elle n’est pas extraite.

Et, Christian Blanc souhaitait-il vraiment l’extraire quand il a proposé de repartir de zéro et de faire un projet commun à dix équipes avant toutes discussions sur le contenu ! Piège grossier désamorcé in extremis.

Il faut créer d’urgence un atelier du Grand Paris où l’Etat, la région, la Ville de Paris et les collectivités locales désigneront des représentants qui, informés par les équipes auteurs des propositions et par les ateliers d’urbanisme de la ville de Paris et de la région, identifieront les propositions à retenir en vérifiant leur comptabilité et leur faisabilité. Car, vous l’avez compris, logiquement, les propositions formulées et étudiées séparément sont contradictoires et tout aussi logiquement, en démocratie, les experts proposent et les politiques disposent.

Ce n’est évidemment pas par hasard si Christian Blanc a proposé que l’Atelier du Grand Paris soit une association réduite aux seules équipes pour qu’elles travaillent ensemble… J’avais trouvé le nom : l’Atelier de Sisyphe. Le Grand Paris pourrait commencer demain matin dans des centaines de communes simultanément, puisque c’est, avant tout, la modification d’une situation existante où il faut :

- planter des arbres pour créer de la biomasse,

- isoler et requalifier les bâtiments énergivores en agrandissant les logements et en améliorant leurs équipements et leur esthétique,

- aménager les lisières, limites de la ville et de la nature,

- accélérer la modification urbaine,

- favoriser la mixité et les reconversions ainsi que l’implantation des commerces de proximité,

- reconquérir les délaissés urbains et arrêter de démolir dans les quartiers sensibles, les ouvrir et surtout les équiper…

Et, surtout, surtout arrêter d’étendre la ville par simples juxtapositions périphériques.

Les élus de Paris Métropole proposent de travailler dès aujourd’hui avec l’Atelier du Grand Paris ; ces mesures et d’autres pourraient donc être intégrées rapidement dans des centaines de communes. Le plus difficile sera de décider où construire les 70 000 logements annuels pour créer des centralités autour du Paris historique à l’échelle de la métropole. Il est facilement compréhensible qu’entre une stratégie comme celle du groupe Descartes (Yves Lion, François Leclerc…) avec 20 centralités de 500 000 habitants, ou une autre comme celle de Richard Rogers qui propose un polycentrisme compact, ou celle de Cantal-Duthilleul-Nouvel qui propose seulement cinq centralités… Le tracé du système de transports et l’implantation des gares risquent d’être légèrement différents ! Il faut choisir, trancher.

Après ce choix, un secrétaire d’Etat, ami des ingénieurs, urbanistes, architectes, artistes, intellectuels… à l’écoute de tous, humaniste curieux et ambitieux pour l’ensemble des habitants du Grand Paris, pourrait vite proposer un tracé de transports précis et pertinent sur des bases déjà consensuelles et il serait alors immédiatement possible de formaliser les nouveaux documents d’urbanisme à l’échelle de la métropole.

Les représentants des dix équipes pluridisciplinaires ont signé, le 28 juillet, une lettre adressée au président de la République pour demander la création de l’Atelier du Grand Paris, conforme à cette stratégie afin de réaliser son ambition qui est logiquement partagée par ceux qui veulent que le début du XXIe siècle soit plus juste et plus généreux.

grand-pariJ’ai été frappé par le vent d’unanimisme qui est passé après la conférence de presse de Nicolas Sarkozy sur le Grand Paris. Le 29 avril, sous les reproductions médiévales de la Cité de l’Architecture, notre Grand Président Sarkozy (GPS) nous a gratifiés d’une reculade étonnante. Il a soigneusement évité tout ce qui fâchait, en particulier la question des réformes institutionnelles. Après la levée de bouclier provoquée par le rapport Balladur présenté début mars, on avait rapidement compris que le volet institutionnel serait repoussé. Mais en fait, mercredi, il a été purement et simplement désintégré. Désormais, qu’on se le dise, pour notre GPS, l’important c’est le projet. C’est promis, il ne s’intéresse plus qu’au développement urbain, durable, équitable, de la capitale. Et peu importe comment. Pour la gouvernance, ce sera aux générations futures de se débrouiller.

Alors, à défaut de lancer la révolution institutionnelle, qu’a donc annoncé notre GPS ? Eh bien, il  a égrené de doctes considérations sur la ville lumière, son histoire, son destin, son avenir, parsemant son discours de quelques propositions, en matière d’urbanisme notamment, dont personne ne sait comment elles pourront être suivies d’effet. Il a en particulier promis de nous faire le Grand Huit, un métro de 130 kilomètres autour de Paris pour la modeste somme de 35  milliards d’euros. Une merveille d’inventivité technocratique, qui, après le flop des villes nouvelles, risque de nouveau de corseter la région parisienne dans un schéma de développement théorique et figé. Pourtant, une des principales constantes des équipes du Grand Pari de l’agglomération parisienne, était justement de ne plus morceler la métropole dans des zonages hermétiques entre activités économique, logement, commerces. Avec ce métro couteux, qui ne reliera que de futurs pôles économiques sélectionnés d’en haut, on régresse vers une logique étatique et dépassée du développement urbain.

Par ailleurs, outre la question des transports, notre GPS, sans surprise, s’est précipité sur les propositions les plus faciles émises par Christian Blanc et les dix équipes d’architectes du Grand Pari. Une nouvelle forêt dans le cône de bruit de Roissy ?  Oui bien sûr, planter des arbres, ça plaît toujours ! Des clusters, ouah ça sonne bien, ça fait riche, vous m’en mettrez une dizaine. Une capitale se doit d’avoir une entrée maritime ? Ben voyons, Paris-sur-mer, c’est simple, ça a de l’allure, ça brille, ça ne pouvait que plaire à notre GPS ! Allez, avec notre GPS, cap sur le Grand Paris Bling-Bling.

Le grand remue-méninges actuel autour de l’avenir de la région parisienne a au moins le mérite de forcer les décideurs à se projeter dans le long terme et à prendre un peu de hauteur. Car au-delà des enjeux de pouvoir, il s’agit de donner à la capitale la capacité de rester dans le peloton de tête des métropoles mondiales et de négocier le virage de l’après-Kyoto. Certes pas en terme de taille ni de population – là Paris est définitivement hors course – mais en terme de  dynamisme, de rayonnement économique et culturel. L’autre objectif fondamental est bien sûr de réorienter le développement de l’ensemble métropolitain en 104-ext-500x342réparant les erreurs du passé et en se tournant résolument vers la qualité de la vie des habitants et le développement durable. A cet égard, le Grand pari de l’agglomération parisienne est une excellente initiative. Dix prestigieux cabinets d’architectes, entourés d’équipes pluridisciplinaires (sociologues, urbanistes, géographes…) sont engagés dans une consultation visant à esquisser le Grand Paris du XXIème siècle. Il y a quelques jours, ces dix équipes avaient rendez-vous au Cent Quatre avec les élus de la région pour un point d”étape organisé sous forme de deux tables rondes animées par Stéphane Paoli. Parmi les élus présents dans l’assistance, les démonstrations allégoriques des architectes laissaient parfois dubitatif, mais pour ma part, j’ai trouvé certains exposés très intéressants. En tout cas, ces échanges donnaient à réfléchir, ce qui, somme toute, était l’objectif.

Paola Vigano Studio 08

Paola Vigano Studio 08

Parmi les intervenants, Paola Vigano pour l’équipe Studio 08, développa un diagnostic volontairement provocant en parlant d’une agglomération découpée, dans l’imaginaire collectif des habitants interviewés, selon un axe très manichéen entre deux empires qui s’opposent, entre des zones chargées positivement ou négativement. Le Studio 08 propose de réorganiser l’ensemble en présentant 4 scénarios différents qui “amènent à interpréter la métropole existante et à imaginer la métropole de l’avenir comme une ville poreuse, perméable et isotrope, fortement accessible et pour tous. Ce qui apparaît contraster avec les processus d’exclusion/inclusion et de formation d’enclaves.”  Oui, bon, je vous avais prévenu, dit comme ça c’est un peu stratosphérique, mais avec des cartes et des éléments tangibles ça se défend. Mais attendez, ça se corse.

De son côté le pool Castro-Denissof a décliné son manifeste politico-urbanistique traditionnel autour de la Topolitique, c’est-à-dire la dissémination dans l’ensemble de l’agglomération à la fois d’intérêt public, de poésie (“l’Homme habite en poète” F. Hölderlin), de patchwork et de baroquisme (pour recoudre le territoire) ou de Symbolique extraordinaire (Roland Castro, l’Homme Topolitique, préconise la construction de nouveaus édifices spectaculaires pour garder le rang de capitale-phare)  !

le 104 - un nouvel espace artistique ouvert

le 104 - un nouvel espace artistique ouvert

Le néerlandais Winy Maas pour l’équipe MVRDVD a pointé la nouveauté pour la culture française de devoir bâtir un grand projet en retravaillant l’existant et non plus en se lançant à la conquête de nouveaux espaces comme les ZUP ou les villes nouvelles des année 60 et 70. Il préconise en particulier de s’attaquer au “mocheness” français, les grands ensembles honnis et de s’y intéresser pour leurs défauts mais aussi pour les qualités de leurs défauts c’est-à-dire leur caractère monumental.

J’arrêterai ce bref aperçu sur la proposition d’Antoine Grumbach qui consiste à penser la vallée de la Seine dans son ensemble. “Paris, Rouen, Le Havre, une seule ville dont la Seine est la grande rue” aurait dit Napoléon 1er, un visionnaire qui pensait déjà à l’après-Kyoto !  Pour Grumbach seule cette échelle peut  permettre de remplir réellement les objectifs de la ville durable, en pensant la solidarité entre la ruralité et l’urbanité, en optimisant les flux de circulation en reliant la Métropole à un débouché maritime, et en devenant l’interface atlantique de l’Europe. pour ma part, je trouve le parti pris de Grumbach trop partiel. Sa démonstration est séduisante et a la force des idées simples, mais elle escamote un peu facilement l’indispensable travail sur l’agglomération dans son espace actuel.

104-graf-150x85Voilà, sinon, n’hésitez pas à passer au 104, le nouvel espace artistique de la Ville de Paris où il se passe pas mal de choses. Vous pouvez consulter sa programmation en cliquant ici. A deux pas de Stalingrad, ce lieu de vie, ouvert occupe paradoxalement les anciennes pompes funèbres municipales de Paris, ce qui explique peut-être la présence de ce charmant graphe !

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Thierry Godin

Conseiller municipal socialiste de Tremblay-en-France

L’affiche des municipales de mars 2008 à Tremblay

 

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