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Voici un texte intéressant qui va à contre-courant d’un certain nombres d’idées reçues sur le développement de la région parisienne et de la Seine Saint-Denis en particulier. Des idées reçues et renforcées par l’echo médiatique qui a entouré la diffusion du film “9-3, Mémoire d’un territoire”. Certes,  dans ce documentaire, Yamina Benguigui déroule une thèse qui n’est pas scandaleuse. Et son film est utile, comme tout travail qui tente de mettre en perspective les faits de société.  Mais elle privilégie à outrance une thèse victimaire, un registre compassionnel et doloriste au détriment d’une vision plus large et plus objective des phénomènes économiques, politiques et sociaux qui ont conduit à paupériser ce département. Je vous laisse juge. Cet article a été publié sur le site Mediapart.

 

Le 9-3 de Yamina Benguigui, un usage falsifié de l’histoire
 9-3, Mémoire d’un territoire, le film de Yamina Benguigui a bénéficié d’une couverture médiatique exceptionnelle. Présenté comme le documentaire historique que la Seine-Saint-Denis attendait, il a été célébré par toute la presse comme une œuvre salutaire. La Seine-Saint-Denis —  qui n’existe que depuis 1964 —, n’aurait été qu’une terre de misère et de désenchantement, une terre toujours «sacrifiée», «abandonnée», aujourd’hui «sans issue».
 L’orchestration musicale et les images en boucle des émeutes de 2005 donnent au film un ton mélodramatique qui offre une vision du passé reconstruite de façon partisane. Alors que ce film prétend rendre hommage aux femmes et aux hommes qui y ont vécu et y vivent, il les enferme dans les pires poncifs sur la peur des faubourgs. Depuis la monarchie de Juillet, l’exclusion frapperait ce territoire ! Qu’on permette à des historiens, censurés par l’auteure lorsque leur témoignage n’allait pas dans le sens voulu, de redresser un certain nombre d’erreurs, voire d’énormités historiques, contenues dans ce film.
 Non, les usines et les ateliers n’ont jamais été expulsés de Paris. Pour cette simple raison d’abord qu’il n’existait pas au 19e siècle de réglementation générale qui aurait pu fonder un tel transfert. Les patrons qui sont partis aux marges de l’agglomération pour installer des établissements fonctionnant à l’aide d’une main d’œuvre déqualifiée et sacrifiée l’ont fait volontairement, et surtout ce mouvement n’a pas été présenté par l’historien interrogé comme le moteur de tout le développement industriel. C’est l’habileté du montage qui lui fait dire cela. Les usines ne sont pas parties de Paris pour cette simple raison aussi qu’elles y sont restées. La capitale demeure, jusqu’au milieu du XXe siècle, une grande ville industrielle, avec, entre autres, de grandes unités de production, tout aussi polluantes que celles de Saint-Denis. N’importe quel Parisien ou Parisienne âgé et né dans un arrondissement à deux chiffres — sauf le XVIe et le XVIIe, et encore ! — vous dira que son enfance a baigné dans les fumées et les odeurs industrielles. Un exemple entre cent : jusqu’à l’exposition de 1937, une grande gare à charbons subsiste, quai d’Orsay, quasiment au pied de la tour Eiffel, pour l’approvisionnement des usines installées dans le XVe arrondissement. En 1906, la capitale compte 550 000 emplois dans l’industrie, la banlieue, en son ensemble, à peine 190 000.
 En effet, les communes industrielles du futur 93 eurent de nombreuses sœurs en banlieue proche, et notamment à l’ouest. La ligne des Moulineaux — le tramway T2 aujourd’hui — a été prolongée jusqu’à Puteaux dans les années 1870 pour amener le  charbon aux nombreuses usines installées dans les parages. L’histoire détaillée des beaux quartiers de Paris est aussi pleine de surprises : les propriétaires de la plaine Monceau ont eu à subir la présence d’une usine à gaz installée boulevard de Courcelles  jusqu’en 1891 ; sur l’emplacement actuel de la maison de la Radio,  l’usine à gaz de Passy, elle, fonctionna jusqu’en 1926. Les Ternes, dans le XVIIe, furent longtemps un quartier spécialisé dans la carrosserie et la construction des voitures à chevaux : l’industrie automobile s’est développée dans la banlieue ouest en continuité géographique avec cette industrie parisienne. Bref, le rôle des vents dominants, qui expliquerait ce soi disant monopole de l’est ou du nord-est pour l’industrie émettrice de fumée, est une idée fausse : pourquoi aurait-on cherché à préserver une zone d’un fléau qu’elle subissait déjà ?
 Mais à qui veut-on faire croire que la misère ouvrière et l’exploitation des migrants ont été l’apanage de ces communes ? Les Bretons par exemple étaient nombreux à Saint-Denis,  mais ils étaient plus nombreux encore à trimer dans les usines et les chantiers de Paris. Et les domestiques, ces demi esclaves au service des ménages parisiens ? Les raisons de l’installation dans le futur 93 de nombreuses vagues d’immigration tant européennes qu’africaines sont à peine évoquées : on passe de la présence espagnole, dès la Première Guerre mondiale, à l’arrivée des rapatriés d’Algérie et des Antillais, sans jamais évoquer les Italiens, installés depuis la fin du XIXe siècle et longtemps majoritaires, l’arrivée des premiers Kabyles dans l’entre-deux-guerres et l’immigration portugaise des années 1960. Tous ces hommes et ces femmes n’ont pas été «relégués» en banlieue ; ils ont choisi d’y venir car ils savaient qu’ils y trouveraient un emploi qui, bien que souvent très dur, leur permettrait d’accéder à un niveau de vie nettement supérieur à ce qui les attendait dans leur pays.
 Dans un espace marqué avant tout par une forte solidarité ouvrière, les mariages mixtes sont présentés à tort comme marginaux, et cela pour mieux étayer la thèse de la «ghettoïsation». Rappelons que les filles et fils d’Espagnols et d’Italiens de la banlieue nord-est ont épousé à plus de 75 % des «Français de souche». Les unions entre enfants d’Algériens, de Marocains ou d’Antillais et de «Français blancs» sont également très fréquentes.
 Le film caricature à l’excès l’histoire du logement social. Les architectes et urbanistes ne seraient que d’avides bâtisseurs sous influence, si ce n’est corrompus. La construction des grands ensembles, dans le 93 comme partout ailleurs, répond d’abord à la volonté de sortir les familles françaises des taudis où elles croupissent, de résoudre, au plus vite, avec les moyens de la France ruinée de l’après guerre, la terrible crise du logement. Les «logements Million», vilipendés dans le film, sont le produit du  contexte des années 1950, que le film ignore. Les logements neufs et confortables, construits par les Offices HLM dans les années 1960, constituèrent  un progrès immense pour ceux qui y accédèrent. A partir de la création du département en 1964, l’État et les collectivités locales ont poursuivi une politique continue d’équipement : du logement social digne, deux universités, des services publics pionniers, le premier tramway francilien…
 La Seine-Saint-Denis résidentielle et coquette de l’ancienne Seine-et-Oise n’a pas droit de cité. Le film n’accorde non plus aucune place à une banlieue populaire, choisie et aimée, celle des promenades du dimanche et surtout celle des lotissements. Acheter un terrain pour avoir un jour une maison à soi, ce fut le rêve réalisé de foules d’employés, de petits commerçants et d’ouvriers pour qui cette banlieue encore verte apparaissait infiniment désirable. Où est ici l’exclusion?
 Aussi contestable est la marginalisation de la banlieue rouge, du socialisme et du communisme municipal. La dimension collective et intégratrice de l’engagement militant dans les partis, les syndicats, les associations, est sciemment minorée. Les temps forts (le Front populaire, mai 1968…) et les lieux de sociabilité festive (les processions religieuses, la fête de l’Huma au parc de La Courneuve, les fêtes de quartiers…) sont écartés, car ils contrarient la vision misérabiliste du documentaire. Alors que les élus locaux communistes ont joué un rôle déterminant dans la cohésion sociale du 93, aucun n’est interrogé. Ce film invente le passé du 93 ou n’en veut retenir que le plus sombre, pour faire de ce département un territoire martyrisé depuis deux siècles. Œuvre de mauvaise fiction, il verse dans le plus classique misérabilisme en usage à propos des banlieues. Mais à quoi sert de tordre ainsi l’histoire d’un département dont la crise actuelle, elle, est bien réelle.
 
Emmanuel Bellanger est chargé de recherche CNRS, CHS Université Paris
Alain Faure est chercheur IDHE à l’Université de Paris X-Nanterre
Annie Fourcaut est professeur d’histoire contemporaine, directrice du CHS, Université Paris 1
Natacha Lillo est maître de conférences ICT Université Paris 7
 
 

placo1Le 4 novembre dernier, en compagnie du ministre et de la secrétaire d’Etat en charge de l’Ecologie Jean-Louis Borloo et Nathalie Kosciusko-Morizet, Nicolas Sarkozy s’est rendu à  Vaujours pour visiter la nouvelle ligne de production de l’usine Placoplatre du groupe Saint-Gobain, puis pour animer une table-ronde consacrée à la mise en oeuvre du Grenelle de l’Environnement, adopté le 21 octobre en première lecture à l’assemblée.

 

Pour ce qui est de l’environnement en Seine Saint-Denis, ça se confirme, Nicolas Sarkozy a des idées très personnelles sur la question. En effet, après avoir théorisé brillamment le lavage de La Courneuve au Karcher, il est passé à la pratique à l’autre bout du 9-3, en faisant nettoyer Vaujours de la trentaine de caravanes de gens du voyage qui risquaient de heurter le regard et la sensibilité environnementale de la suite présidentielle (pour en savoir plus, cliquez ici). 

 

Pour revenir à l’usine Placo de Vaujours, j’ai un peu de mal à voir ce mastodonte comme un site exemplaire en matière de développement durable. Son impact environnemental semble singulièrement minoré par Saint-Gobain. On est certes loin des témoignages des habitants du Vert Galant qui parlent du tapis blanc qui recouvrait leur jardin certains matins, mais malgré tout, sur la question des rejets atmosphériques et du bruit, je crains que le tableau dressé par l’entreprise ne soit très idéalisé, notamment lorsque les dirigeants affirment par exemple, que le nouveau bâtiment fait écran et joue le rôle de mur anti-bruit ! Les riverains apprécieront !

 

Rappelons que ce vaste ensemble de production se situe à la limite sud de Tremblay et marque de son empreinte tout le secteur avec plus de 185 000 m2 de constructions ! Dans cette plaquette autopromotionnelle (4 Mo) , Saint-Gobain fournit des éléments intéressants et démontre l’importance de ce site de production qui est le plus important d’Europe, et pour longtemps puisque la carrière de gypse de Vaujours dispose d’au moins 50 ans de réserves. Enfin, notons au passage que le centre de formation de Saint-Gobain accueille des jeunes de Tremblay dans le cadre de leur parcours d’insertion.

 

 

On l’attendait depuis des années, on désespérait de la voir un jour, mais ça y est c’est décidé, c’est donc au coeur de l’été, le 16 juillet prochain, que le prolongement de la Route départementale 40 sera inauguré. Cette nouvelle voie, contournant le Vieux Pays, était pratiquement achevée depuis des mois, mais son ouverture était sans cesse repoussée. Espérons qu’à l’avenir, compte tenu de l’importance des projets futurs attendus dans le secteur aéroportuaire, la question des infrastructures de transports sera menée avec un peu plus de détermination, sinon, gare à l’embolie.

Jeudi soir, de 17h00 à 22h00, tous les adhérents du Parti socialiste étaient appelés à voter pour la nouvelle déclaration de principe du Parti. Pour ceux que cela intéresse, on avait aussi le droit de voter contre. Certains l’on même fait. Après tout, le PS est un parti démocratique. Je plaisante, mais certains ne rigolent pas avec ça. La déclaration de principe – c’est ce que j’ai entendu en tout cas – c’est la carte d’identité du PS ! Valable pour vingt ou trente ans minimum ! Alors vaut mieux pas se tromper sur la couleur des yeux ou l’orthographe du patronyme.

Mais, au même moment, Un superbe concert était également programmé à la Basilique de Saint-Denis dans le cadre du festival éponyme. Un choix difficile, une messe de Schubert à Saint-Denis face au devoir militant à Tremblay-en-France. Heureusement, le socialiste n’est jamais à bout de ressource, et j’ai pu retourner à Saint-Denis après avoir fait mon devoir de militant (merci aux camarades de Tremblay qui ont tenu le bureau de vote jusqu’à 22h00).

Curieuse impression ce jeudi soir à Saint-Denis. Soirée agréable mais atmosphère étrange. La Basilique où sont inhumés les Rois de France jouxtant un curieux et décadent ensemble architectural (en sortant, de nuit, la masse de béton, à la fois moderne et fatiguée, m’a très furtivement fait penser à Philip K. Dick), un parvis rempli de gens bien comme il faut, protégés par des CRS et des policiers à cheval, des terrasses de café accueillantes malgré les ondées persistantes, des voitures rutilantes qui s’esquivent discrètement par les ruelles environnantes, pour ramener leurs passagers en lieu sûr, hors des inquiétants faubourgs dionysiens.

Une troublante illustration de la coexistence entre plusieurs France. Passé catholique et jeunesse musulmane, urbanisme griffé banlieue rouge et nécropole royale, cathédrale et Stade de France, pauvres et riches, messe et slam… On en pense ce qu’on veut, mais tout cas, ça invite à la réflexion et ça continue à Saint-Denis jusqu’au 27 juin.

Ah oui, au fait. La nouvelle Déclaration de Principe du Parti socialiste… Eh bien j’ai voté pour… Pour cette phrase de l’article 1 : “ Être socialiste, c’est ne pas se satisfaire du monde tel qu’il est. ”

 

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L’affiche des municipales de mars 2008 à Tremblay

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